Je suis venu, j'ai vu, j'ai convaincu | France Dirigeants - Séminaires de formation pour dirigeants et cadres dirigeants

Je suis venu, j’ai vu, j’ai convaincu

Je suis venu, j’ai vu, j’ai convaincu

Comment un homme politique parvient-il à nous convaincre de le choisir pour être notre représentant ? Aristote se posait déjà la question il y a deux millénaires, dans la Rhétorique. À ses yeux, la force de conviction a trois facettes : le pathos, rappel aux passions de l’auditoire, l’ethos, le caractère moral de l’orateur, et le logos, le discours lui-même qui relie l’émetteur et le récepteur.

Pathos (πάθος)

Faire appel au pathos, c’est faire appel à l’affect, au sentiment, à l’émotion afin d’agir sur « la disposition de l’auditoire ». Il ne s’agit pas de convaincre rationnellement, de prouver à l’autre la vérité de ce que l’on affirme, mais de le persuader à grands renforts d’effets rhétoriques, d’images, de récits susceptibles « d’exciter les passions ». On peut, sans doute, déplorer l’irrationalité du pathos, mais il s’agit, pour Aristote, d’une dimension inévitable de l’art politique. Un discours parfaitement rationnel mais dépourvu d’émotion serait une coquille vide, et il ne parviendrait certainement pas à son but. « Quand nous posséderions la science la plus exacte, il est certains hommes qu’il ne nous serait pas facile de persuader en puisant notre discours à cette seule source ; le discours selon la science appartient à l’enseignement, et il est impossible de l’employer ici, où les preuves et les discours doivent nécessairement en passer par les notions communes. »

Logos (λόγος)

Le contenu du discours argumenté – les fameux programmes politiques – ne suffit pas à convaincre. La rationalité, ou du moins l’apparence de rationalité, reste pourtant un élément essentiel pour rallier l’autre. Car pour être convaincu, encore faut-il avoir le sentiment que l’orateur n’essaie pas, à coups de mots doux et de flatteries, de nous rallier à sa cause pour son propre intérêt – être élu. Il faut que le discours porte en lui quelque chose qui nous réunit tous les deux. Ce commun, c’est la vérité, en raison de son universalité. Pour convaincre, il faut donc prétendre dire vrai, afin que je puisse me reconnaître dans la parole portée par l’autre. Le logos correspond ainsi au principe de « représentation-mandat » : nous attendons de notre candidat qu’il parle en notre nom, à notre place.

Ethos (ἦθος)

« Il n’est pas exact de dire, comme le font quelques-uns de ceux qui ont traité de la rhétorique, que la probité de l’orateur ne contribue en rien à produire la persuasion ; mais c’est, au contraire, au caractère moral que le discours emprunte je dirai presque sa plus grande force de persuasion. » Élire quelqu’un selon l’ethos, c’est le choisir pour lui-même, en fonction de ce qu’il est et non de ce qu’il dit, en fonction de ce que nous savons, ou croyons savoir, de son caractère, de sa personnalité. En particulier de sa capacité à tenir sa parole : le logos d’un candidat qui vous promet monts et merveilles ne vaut pas grand-chose si vous n’êtes pas assuré qu’il tiendra son engagement. L’orateur doit inspirer confiance, car cette confiance donne du poids au contenu formel de son discours. L’ethos correspond à un autre principe de représentation, la « représentation-identité » : nous choisissons l’autre parce que nous nous reconnaissons dans son caractère moral, parce que nous pensons qu’il agira comme nous le ferions.
Ces trois pôles de la conviction sont légitimes, aux yeux d’Aristote : il est certainement aberrant de voter seulement en fonction de l’ethos du candidat, les yeux fermés, mais il n’est pas absurde de faire une place, dans nos choix, à son caractère – ou à ce que nous croyons en savoir. Telle est peut-être, au fond, la vraie question : comment savons-nous que l’autre est digne de confiance ? Qu’il est, lui-même, convaincu de ce qu’il dit ? Qu’il n’essaie pas, seulement, de séduire l’électeur ?
La réponse tient sans doute en partie au premier terme de la typologie d’Aristote, que l’on avait laissé de côté : le pathos. Non le pathos suscité chez le public, mais le pathos, l’engagement affectif de l’orateur à l’égard de son propre discours. Il est, bien sûr, possible de feindre cet attachement, mais faire montre de sa conviction implique, assurément, une forme d’implication émotionnelle : le pathos témoigne de ce que le discours que l’on porte n’est pas seulement un raisonnement impersonnel débité sans affect, mais qu’il est incarné, ancré, incorporé au plus intime de l’orateur. L’ethos se dévoile dans le pathos qui se dégage d’un logos.
D’après un article d’Octave Larmagnac-Matheron publié dans Philosophie Magazine

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