#14 – L’INFORMATION VIRALE
Le confinement était censé nous protéger des distractions superflues et nous permettre de nous adonner à nos passions ou nos projets personnels. Pourtant, titres d’articles et flashes info nous attirent encore plus qu’avant, sans parler du flux hystérique de vannes et d’émojis de nos proches, qui nous apportent certes un certain réconfort.
Comment tout cela nous affecte-t-il ? En premier lieu, cela nous détourne de notre activité, imposée ou choisie. Mais les conséquences de ce déluge d’informations peuvent être plus insidieuses : le coronavirus ne menace pas seulement nos corps, il contamine aussi nos esprits. Notre technologie de l’information est aussi virale que la maladie dont elle se repaît. Alors, comment s’en sortir ?
Ces dernières semaines, nombre d’articles ont fait appel aux stoïciens, et pour une bonne raison. Cette école philosophique a émergé en une autre époque tumultueuse, l’horizon culturel des Grecs ayant explosé à la suite des conquêtes d’Alexandre, les exposant eux aussi à une sorte de « surcharge informationnelle ». Elle se prolongea plus tard à Rome, exposée par l’esclave Épictète, cruellement traité par son maître, par Sénèque lequel affrontait la tyrannie de Néron, et influença enfin Marc-Aurèle, dont l’Empire était attaqué de toutes parts. Que disaient-ils donc ?
Nous devons d’abord apprendre à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas, explique Épictète dans ses Entretiens, et ensuite nous concentrer sur ce que nous pouvons contrôler. Cela pourrait nous servir de ligne directrice pour assimiler l’actualité. Une partie des informations qui nous parviennent nous aideront peut-être à nous préparer à l’avenir, ou nous inciter à secourir d’autres gens. Mais il serait sage d’admettre que nous n’avons aucun contrôle sur la plupart des choses que nous avons lues aujourd’hui, et que notre domaine de compétence se restreint principalement au périmètre de notre habitation.
Bien sûr, le stoïcisme n’est pas la seule philosophie qui nous aide à éliminer de notre esprit les pensées parasites. Nous pouvons tous trouver nos propres moyens de nous déconnecter. La propagation du Covid-19 remet une fois de plus à l’honneur le diagnostic de Pascal, qui estimait que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (Pensées). Peut-être est-il temps de le lire comme un défi.