#13 – TOUS ÉGAUX FACE AU VIRUS ?
Beaucoup d’économistes dans le sillage de Thomas Piketty, ont mis en évidence la croissance des (grandes) inégalités depuis une trentaine d’années, celles qui opposent les 1% ou 0,1% au reste de la population. Pourtant, le sociologue François Dubet nous alerte sur les « petites inégalités » qui peuvent devenir insupportables. Car selon lui, il faut distinguer la perception des inégalités de leur réalité. Chaque société adhère plus ou moins à une philosophie de la justice sociale qui la conduit à percevoir certaines inégalités comme plus ou moins acceptables. Par exemple, les Américains sont moins scandalisés par les inégalités sociales, qui se creusent aux USA, que ne le sont les Scandinaves dans les pays du Nord, où elles sont moins marquées.
On peut faire l’hypothèse que l’épreuve du confinement révèlera et modifiera la représentation des inégalités qu’on pouvait tenir pour allant de soi : celles liées au lieu et aux conditions matérielles du confinement, celles d’accès aux matériels de protection, à la maîtrise numérique… Pourtant, on peut affirmer que le Covid-19 est aveugle et démocratique. Il frappe tout le monde et oblige chacun à se protéger tout en protégeant les autres. Mais en même temps qu’il révèle des inégalités de conditions de vie, le confinement est un facteur de solidarité puisque la survie de chacun dépend des autres, y compris de ceux qui n’étaient guère visibles et valorisés.
En tous les cas, l’universalité du risque et l’impératif de solidarité obligeront à s’interroger sur la justice des inégalités. Est-il juste qu’une aide-soignante, un routier, une caissière ou un livreur soient voués aux bas salaires et à la précarité quand on sait désormais que leur travail est vital ? On peut imaginer que ces questions, jusque-là un peu abstraites, s’imposeront d’autant plus que nous devrons affronter une crise économique telle qu’il faudra partager les pertes, et pas les bénéfices.